Métro du 15/12/2006
Laisser sa trace à tout prix
Rencontre, la nuit tombée, dans les couloirs du métro parisien, avec une bande de graffeurs
Age : la vingtaine. Sexe : masculin. Passion : le graf.
K., 21 ans, Garby, 20 ans, et Chris, 23 ans, descendent sur les rails une fois par semaine. Munis de leurs bombes, et malgré les risques, ils ne peuvent se retenir. Depuis l'an 2000, ces fous du graf pénètrent la nuit dans le métro pour recouvrir les murs et les rames.
En six ans, ils ont appris à descendre dans le métro, comme d'autres rentrent chez eux. Ils attendent deux heures du matin, pour être sûrs que les stations sont vides et, en quelques minutes, ils sont à l'intérieur. Nous les avons vus faire. Chris soulève la grille et pénètre dans la station. Pour être sûr que la voie est libre, il part en éclaireur.
"C'est bon"
Quelques minutes plus tard, il revient et lance un "c'est bon". Là, il appuie sur un bouton et la grille se lève. Avec une clé sésame, il nous ouvre la porte et nous voilà tous dans le métro. "Y" a des caméras, mais la nuit, la plupart ne marchent pas. De toute façon, mieux vaut descendre avec une casquette, une cagoule ou une grosse capuche pour ne pas se faire griller", commente Chris. "Tu sais, le métro, tu descends où tu veux. Des tunnels, y' en a plein, c'est un réseau de oufs. D'ailleurs, on le connaît mieux que les trois quarts des agents qui bossent à la RATP ", ajoute Garby.
Lui, c'est sans doute le plus dingue de la bande. "J'ai pris une trentaine d'amendes, à
Jamais de délation
Les trois se sont déjà fait attraper, coincés entre deux stations par le GPSR (Groupe de protection et de sécurité du Réseau). "Quand t'as de la chance, tu les vois venir et tu as le temps de tracer. Mais quand t'es coincé, c'est sans pitié. Ils te foncent dessus avec les chiens."
Des garde à vue, ils en ont fait plusieurs. Le tribunal, ils connaissent aussi. "Les amendes, tu peux mettre un chiffre, plus quatre ou cinq zéros derrière. Pour nous, il y a une règle d'or : jamais balancer les autres", dit K.
Reste à savoir pourquoi les jeunes ont cette passion pour le métro et le RER, alors que les endroits ne manquent pas en surface. "Après le métro de New York, le métro de Paris c'est le fantasme. Il y a une ambiance spéciale : la peur de se faire attraper, la nuit, les SDF, la chaleur des tunnels. Et puis il y a le baptême du tagueur : se prendre son petit coup de jus", raconte Garby.
"Quand tu bombes une rame, t'es sûr que tout Paris va voir ton graf, de
En quelques minutes, ils peuvent recouvrir une rame, décorer un tunnel ou personnaliser une station. "Quand on fait une station en entier, on attend souvent l'ouverture pour voir la réaction des gens. C'est marrant, l'autre fois il y avait un papy, il en revenait pas."
Graffer dans la légalité
Pour contrer les tagueurs et leur offrir un espace,
Plus récemment, du 13 au 15 octobre 2006, le ministre de
Tragique
Deux jeunes ont trouvé la mort dans les couloirs du métro parisien en 2006 alors qu'ils graffaient.
• Un jeune homme d'une vingtaine d'années a été électrocuté par les rails alors qu'il se déplaçait sur les voies dans la nuit. Ses amis l'auraient laissé sur place et auraient pris la fuite.
• Une jeune fille d'une quinzaine d'années s'est fait écrasée par un train, alors qu'elle circulait dans le tunnel. Croyant que le dernier métro était passé, elle n'a pas pris en considération le danger. Le conducteur l'a vue trop tard et n'a pas eu le temps de réagir.
Simon Maud

Commentaires
le 07/06/2008 à 03:13:34
Hum... a la rentrée, je t'offrirai un véritable journal, si tu m'en laisses l'occasion.
le 07/06/2008 à 17:47:59
le 09/06/2008 à 21:01:14
C'est juste que les j'aime pas trop les problèmes que Bolloré a eu avec la justice... c'est un vandal a sa manière !:)
le 17/06/2008 à 11:07:56