L'alsace Le pays du 09/08/2005
Le grand nettoyage de tags
De nos jours, les peintres utilisent encore la toile, mais de nouveaux artistes ont pris place dans la rue. Leur support privilégié : les murs des villes. Leur matériel : des bombes de peinture. Leur nom : tagueurs ou graffeurs. Malheureusement, au lieu de travailler en partenariat avec des associations et des municipalités, certains travaillent dans la clandestinité et deviennent hors-la-loi en utilisant les murs qui leur passent sous la main. Souvent au détriment de citoyens qui se réveillent le matin avec un joli dessin fluorescent devant chez eux ou pire encore sur la façade de leur immeuble ou de leur maison. Ce qui a été le cas samedi matin pour bon nombre de Mulhousiens.
Vacances propices
Car les tagueurs, qui ont sévi vendredi soir, ont emprunté un itinéraire particulier (notre édition de dimanche). Semé à n'en pas douter d'embûches, mais surtout particulièrement long : rocade Ouest, boulevard François-Mitterrand, chemin du Petit-Pont, avenue Aristide-Briand, place Franklin, rue Engel-Dollfus et avenue de Colmar. Certes, un individu a été interpellé par la police samedi matin, vers 5 h, rue du Sauvage, après avoir été filmé par des caméras de vidéosurveillance. Mais en comparant ses petits graffitis aux fresques murales qui ont été retrouvées sur l'itinéraire précédemment cité, il ne fait aucun doute qu'il ne s'agit pas des mêmes personnes. Le travail de nettoyage des murs, lui, va être le même qu'il s'agisse d'un tag géant ou d'une petite signature sur un mur. Dès samedi matin, la police a tourné pour relever les endroits où les murs avaient été pris d'assaut par de nombreuses bombes de peinture multicolores. Lundi matin, c'était au tour des services municipaux de la Ville de Mulhouse de vérifier l'étendue des dégâts. « Les périodes de vacances scolaires sont propices à ces actes de vandalisme, souligne Serge Bachot, technicien territorial aux ateliers municipaux. Cet été, c'était pourtant calme. Il va falloir rapidement nettoyer. »
Culture hip-hop
Daniel Misslin, employé aux ateliers municipaux, est spécialement chargé de s'occuper des problèmes des tags. Il relève au fur et à mesure les nouveaux dessins et fixe le devis des travaux. « C'est vraiment exceptionnel ce qui s'est passé vendredi soir, constate-t-il. Maintenant, on va demander aux personnes touchées de porter plainte. » Ce matin, des techniciens locaux de l'entreprise parisienne HTP, qui a obtenu le marché de ce type de nettoyage à Mulhouse pour une durée de trois ans, ont commencé le travail. Pour des graffitis injurieux, la mairie intervient immédiatement. Des techniciens municipaux s'occupent de masquer les dessins à l'aide de peinture. Vendredi soir, rien d'injurieux n'a été trouvé. Les petits graffitis rue du Sauvage vont être rapidement nettoyés ce matin. Le nettoyage des gros tags – nés de la culture urbaine à connotation hip-hop – prendra plus de temps. « Tout dépendra du support où se trouvent les tags, remarque Serge Bachot. L'entreprise utilise quatre principes de nettoyage : le nettoyeur haute pression ; la chiffonnette avec des nettoyants chimiques ; l'hydrogommage sableux avec un produit graphite, uniquement sur de la pierre sèche ; le masquage par peinture. » Un travail qui a un coût et souvent très lourd pour la mairie (lire ci-dessous), car elle est obligée de prendre en charge la totalité du nettoyage. À moins que les tagueurs soient retrouvés. Pour cela, la brigade des violences urbaines du commissariat central de Mulhouse enquête sur le long terme. Pour chaque nouveau tag, des photos sont prises et elles viennent enrichir des albums, qui fichent les signatures de chaque tagueur. Le parquet de Mulhouse est alors saisi pour une présentation des auteurs devant la justice. Pour des dessins sur les façades, la peine peut aller jusqu'à une amende de 3750€. Mais souvent, le tribunal demande si les jeunes sont d'accord pour effectuer un travail d'intérêt général. Pourquoi pas celui de nettoyer…

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