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Libération Zoka 23/02/2007

Zoka ne fera plus parler les murs de Montpellier
Tête brûlée du milieu du graff à Montpellier, Jonathan, alias Zoka, 24 ans, voulait échapper à la police. Il est mort en tombant d'un toit.
Par Carole RAP
 
Il disait : «Quand je serai mort, vous verrez mon nom sur la ville.» Pour qui lève la tête à Montpellier, «Zoka» est partout. En grosses lettres blanches accrochées aux plus hautes cheminées de la place de la Comédie, en lettres de sang dans le tunnel du tramway. Zoka, c'était le deuxième nom de Jonathan, un jeune homme grand et maigre qui aurait eu 25 ans en juin, son «blaze», en langage graff. «Il prenait des risques énormes pour écrire son nom. J'ai du mal à comprendre», murmure Yann, son père.
Comme ce 27 janvier 2007, un samedi soir qui avait débuté presque comme les autres. Trois copains graffeurs retrouvés à la terrasse d'un café, une bouteille de whisky et des bières pour se donner du courage, un premier graff bombé vers 22 h 30, puis un deuxième. Quand soudain, Jonathan, alias Zoka, se lance en solo. Il est une heure du matin. Ses amis ont à peine le temps de le voir escalader la gouttière qu'il est déjà sur le toit du cinéma Capitole, dominant la rue, bombe de peinture en poche.
«SMB». Julien (1) le rejoint, Adrien reste en bas. Benjamin s'éclipse. Mais leurs gestes sont interceptés par les innombrables caméras de surveillance municipale qui balayent la ville. Prévenue, la police envoie une équipe de la BAC. Arrivés vers 1 h 30 du matin, les trois flics en civil se planquent pendant dix minutes pour observer les trois jeunes hommes. De son perchoir, Zoka dessine en noir le contour d'un énorme «SMB», pour «suce ma bite», clin d'oeil à NTM et nom de leur crew (groupe de graffeurs) depuis des années. Julien l'assiste en remplissant les lettres de vert. Mais sa bombe est vide, et il décide de redescendre.
C'est le moment choisi par les policiers pour intervenir. Adrien et Julien sont plaqués au sol et menottés. De là-haut, Jonathan voit la scène. Il y a à peine trois mois qu'il a quitté son bracelet électronique, porté d'août à octobre en remplacement d'une peine de prison ferme prononcée en appel l'an dernier pour cause de graffs. Il faut dire que la mairie de Montpellier, qui s'était portée partie civile, ne rigole pas avec les tagueurs, qu'elle qualifie de «délinquants», «organisés en gang», et contre lesquels elle a mis en place un plan de «lutte antitag». 
Jonathan, condamné en même temps à neuf mois avec sursis et dix-huit mois de mise à l'épreuve, sait que cette fois c'est la prison qui l'attend. Déjà, le bracelet, il l'avait mal supporté. Obligé de rentrer chez lui à 16 h, juste après sa journée de travail au McDo, il s'était mis à peindre quelques toiles à la bombe, mais «avait la rage de ne pas pouvoir sortir», assure son amie, Chloé. En cette nuit de fin janvier, il s'enfuit sur les toits. «Jonathan savait que, en partant là-bas, il n'y avait pas de deuxième sortie. On était déjà allé voir et on se prenait les pieds dans les câbles», raconte Adrien.
Deux flics et deux pompiers équipés de torches partent à sa poursuite, utilisant une grande échelle apportée tente cinq minutes plus tard. Ils abandonnent au bout d'une demi-heure, jugeant que s'aventurer plus loin «devenait dangereux» et «pensant qu'il était descendu», affirme le chargé de communication de la police. Ce n'est que le lendemain, en début d'après-midi, qu'Adrien et Julien, toujours en garde à vue, apprennent la nouvelle. Un riverain du cinéma vient de retrouver Jonathan gisant sur son balcon, ensanglanté. Transporté à l'hôpital dans le coma, il décède douze jours plus tard. Plus d'une centaine d'amis et de graffeurs viendront lui rendre hommage en une marche silencieuse. Depuis, chacun cherche à comprendre. «Pourquoi des enfants sont prêts à mettre leur vie en danger pour aller toujours plus haut ?» se demande son père Yann. Vis-à-vis de ce père journaliste de télévision à Paris, «John avait toujours envie de prouver qu'il avait de la valeur», tout en ayant «l'impression de ne jamais réussir à lui plaire», se souvient Chloé.
«Adrénaline». Jonathan a trois ans quand sa mère vient s'installer près de Montpellier après son divorce. A 16 ans, il monte à Paris vivre chez ce père qu'il «admire» tout en entamant un CAP de dessin. Très vite, il laisse tomber. Il vit dans une chambre de bonne, se sent «un peu perdu», selon Chloé. Il trouve avec les graffeurs une seconde famille. Le crew SMB l'adopte. Jonathan devient Zoka. Lui qui avait commencé à taguer à 13 ans dans son village héraultais vient d'entrer dans la cour des grands. Celle du graff «vandale», distinct du simple tag par sa lettrine renflée et qui «se pratique en toute illégalité et consiste à repérer les meilleures places pour toucher le plus de gens», explique Benjamin. «La pression d'être sur un toit, la peur des flics et le plaisir de graffer, ça apporte de l'adrénaline», raconte Julien. «C'est une sorte de drogue. On ne voit pas comment arrêter», ajoute Benjamin.
Rival. Quand Jonathan s'installe à Montpellier en 2002, graffer «le rend euphorique». Dans ce milieu fermé, où «tout le monde se tire la bourre», cette «forte tête» s'adjuge les emplacements les plus hauts, les plus en vue. Comme sur le toit fatal du cinéma, sur lequel il inscrit, en 2005, «SMB» et «ZOKA».  «C'était peut-être le graff le plus respecté sur la Comédie. Car c'était un toit qui se voyait plus que les autres», raconte Julien. Visible même depuis le McDo, ce qui faisait «sa fierté». Mais, en novembre dernier, un membre d'un crew rival, le 347, ose l'affront suprême : «repasser» le graff de Zoka, à savoir bomber son propre sigle par-dessus. Le lendemain, tous les graffeurs de la ville étaient au courant. Jonathan, qui s'était calmé depuis sa condamnation, a compris qu'il s'était fait oublier. «C'est comme si sa personnalité dans le graff était morte», analyse Benjamin. Pour lui qui était «tout le temps dans la comparaison», le graff était «le domaine dans lequel il était sûr de son talent», relate Chloé. Licencié du McDo début janvier, devenu maussade depuis sa condamnation, nargué en permanence par le honni «347» graffé sur «son» toit, ce samedi soir-là, il s'est dit «j'y vais». 


Article ajouté le 2007-02-23 , consulté 207 fois

Commentaires


17 le 13/05/2007 à 16:30:18
vous l avez sans doute remarqué depui quelque semaines ,de purs vandals, des sauvage sans foi ni loi déversent chaque nuit des milliers de litres de colle pour apposer leurs affiches hideuses de la façon la plus sauvage qu'il soit.Et ce , au mépris du civisme et du respect de la propriété dautrui les plus élémentaires.On conait les noms de gangs: UMP crew, FN crew,PS crew,LCR crew...une dizaine de bande sévissent sur tout le territoire.aux termes de la loi du 29 décembre 1979, les délinquants risquent risquent ujne amende de 750 euros par affiche illégal!
Mais aucun recout en justice pour ces vandals evidement !
webmaster le 14/05/2007 à 08:43:28
La loi est parfois bien faite.
keffieh le 31/07/2008 à 05:10:22
la Brigade Anti Criminalité pour 3graffeurs c'est triste de voir qu'on tout de suite considéré comme un criminel... un mort a montpell un autre ds la marne... beau palmares pr la police
webmaster le 09/08/2008 à 16:46:34
A Montpellier le tagueur qui commettait un délit s'enfuit à la vue de la police et tombe d'un toit ... et un autre dégradant un mur d'autoroute se sauve et se jette dans la Marne, (Que font ses parents ? ils déposent plainte, ils auraient mieux fait de s'en occuper avant). Il n'y a aucune faute de la police.
beker le 05/10/2008 à 03:59:58
tu sais modo, moi je connais un mec qui est mort en se jetant dans un fleuve pour échapper a une équipe de sécurité des tunnels de paris car il est bien connu dans le milieu que lorsque tu te fais attraper par ces gars là tu ne risque pas "juste la garde a vue" si tu vois ce que je veux dire, donc: aucune faute de la police c'est vite dit...c'est vrai keffieh, moi aussi je suis triste de constater que des gens qui s'expriment librement et simplement soient considérés comme des crminels.. RIP
webmaster le 07/10/2008 à 13:28:51
C'est bien triste de mourir noyé pour échapper à une arrestion pour du graffiti. Je comprends ce que tu veux dire mais il s'agit d'une bête généralité. Criminels non, délinquants oui.

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